resume
Après les attentats spectaculaires et meurtriers du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, du 11 mars 2004 à Madrid, et du 7 juillet 2005 à Londres, les services de renseignement occidentaux ont vu leur rôle et leur poids s'accroître dans la lutte contre le radicalisme musulman. A partir d'une enquête portant sur les services français, espagnols et britanniques, cet article analyse les évolutions de leurs missions et de leurs analyses de cette question. Rompant avec une approche mécaniste, qui verrait dans la transformation de ces missions le simple fruit d'une « adaptation » à de nouvelles menaces, il montre que leur nature et leur forme résultent à la fois de l'évolution de l'activité des groupes clandestins et de leur perception ; des effets de la permanence des grilles d'analyse des services de renseignement qui avaient été forgées sur d'autres terrains ; et du travail perpétuel de relégitimation que ces services vont mener auprès de certains secteurs de l'appareil d'Etat. La situation nouvelle crée par le 11 septembre renforce le poids de ces services, et de leurs logiques d'action. La figure du suspect tend à supplanter celle du coupable dans les modes de régulation de la violence politique des démocraties occidentales. L'étude des pratiques des services de renseignement permet ainsi de mettre en lumière des poches d'exceptionalisme enchâssées au c½ur des régimes libéraux.
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